Quand on parle d’un road trip en Écosse, tout le monde a la même image en tête : l’île de Skye et l’Old Man of Storr, cette grande aiguille de roche plantée au-dessus de la côte. C’est mérité, et on va y aller ensemble dans cet itinéraire en Écosse. Mais Skye ne se résume pas à sa carte postale la plus partagée. Il y a un sud, où presque personne ne descend, et c’est peut-être ce que j’ai préféré de tout le séjour.
Je venais chercher des nuages qui mangent les crêtes puis les rendent, et une lumière qui change quatre fois en une heure. J’en ai eu pour huit jours.
Je vous propose donc mon itinéraire complet de 8 jours en Écosse, en voiture : Édimbourg pour commencer en douceur, puis la route des îles jusqu’au sud de Skye, le nord de l’île, les Highlands de l’ouest par le Bealach na Bà, et un retour par Glencoe. Avec, comme d’habitude, toutes les infos pratiques dont vous aurez besoin pour construire le vôtre.
Mon itinéraire en Écosse en un coup d’œil
| Jour | Étapes | Nuit |
| Jour 1 | Arrivée à Édimbourg, Holyrood Park | Kingsway Guest House, Édimbourg |
| Jour 2 | Édimbourg : château, Victoria Street, Dean Village | Kingsway Guest House, Édimbourg |
| Jour 3 | Glencoe, Glenfinnan, route de Mallaig, ferry pour Skye | Eilean Sionnach Lighthouse Cottage, Isleornsay |
| Jour 4 | Le sud de Skye jusqu’à Elgol | Eilean Sionnach Lighthouse Cottage, Isleornsay |
| Jour 5 | Sligachan, Portree, Old Man of Storr, Quiraing | Ullinish House, côte ouest de Skye |
| Jour 6 | Eilean Donan, Bealach na Bà, Applecross, route côtière vers Shieldaig | Airbnb à Kinlochewe |
| Jour 7 | Victoria Falls, Loch Maree, Gairloch | Shieldaig Lodge, Badachro |
| Jour 8 | Glencoe, Stirling | Cromlix, Kinbuck |
Soit 8 nuits, avec un retour vers Édimbourg le matin du 9e jour.
Préparer son itinéraire en Écosse
L’Écosse en quelques infos
Avant d’entrer dans le dur, quelques basiques qui vous seront bien utiles :
- La superficie : environ 78 000 km², soit à peine moins que la Nouvelle-Aquitaine. C’est grand, mais pas infini : un road trip d’une semaine a du sens ici.
- La monnaie : la livre sterling (£). Vous verrez circuler des billets écossais, émis par les banques locales.
- Le décalage horaire : 1 heure de moins qu’en France.
- La conduite se fait à gauche. J’y reviens plus bas.
- Les prises : format britannique, pensez à l’adaptateur.
- Les papiers : pas de visa pour les Français, mais il faut une ETA (autorisation de voyage électronique, l’équivalent britannique de l’ESTA). Elle coûte 20 £, se demande en quelques minutes sur gov.uk/eta ou via l’application officielle « UK ETA », et reste valable 2 ans (ou jusqu’à l’expiration de votre passeport, si elle arrive avant). Elle est obligatoire pour entrer au Royaume-Uni, y compris pour les bébés, et il vous faut un passeport biométrique : la carte d’identité ne suffit plus. Faites-la dès que vos dates sont fixées, ça vous évitera une mauvaise surprise au départ.
Quand partir en Écosse ?
J’y étais en fin d’été, à cheval sur fin août et début septembre, et il n’y a pas vraiment de « bonne » saison, il y a des saisons différentes. De mai à septembre, vous aurez les journées longues et les couleurs. En contrepartie, vous aurez du monde sur les spots connus, et vous aurez surtout… les midges.
Si vous passez par Édimbourg en août, sachez que c’est le mois du Festival : la ville est pleine et les prix des logements s’envolent. Réservez très tôt. Et si vous partez hors saison, d’octobre à avril, les journées raccourcissent nettement, le Jacobite cesse de circuler à partir de fin octobre et certaines adresses des Highlands ferment pour l’hiver : vérifiez les dates d’ouverture avant de caler votre itinéraire.
À SAVOIR : LES MIDGES
Ce sont de minuscules moucherons qui fondent sur vous par centaines dès que vous vous arrêtez de marcher. Ils sévissent de mai à octobre, avec un pic en plein été, et ils adorent les journées grises et sans vent. Deux techniques : cherchez le vent (une crête, un bord de mer), ou évitez les pauses autant que possible. Sinon, un filet de tête coûte quelques livres dans n’importe quelle boutique de rando du coin, et vous ne le regretterez pas. Vous aurez peut-être l’air ridicule sur les photos, mais vous en rigolerez.
Quelle météo en Écosse ?
Côté météo, partez du principe qu’il va pleuvoir, et habillez-vous en couches. La station météo de Lusa, dans le sud de Skye, relève plus de 2 000 millimètres de pluie par an, sur environ 220 jours. À titre de comparaison, Quimper (pourtant réputée pour ça) plafonne autour de 1 200 mm sur 130 jours. Bref : un Breton qui débarque à Skye trouve qu’il pleut 😅
Et pourtant, c’est ce qui fait la beauté de l’endroit. J’ai passé des années à attendre du ciel qu’il me donne la bonne lumière. Ici, j’ai arrêté d’attendre et je l’ai laissé faire.
Conduire en Écosse : la voiture et les single track roads
La voiture est indispensable. Oubliez les transports en commun si vous voulez vous perdre dans les paysages : la quasi-totalité des lieux dont je vais vous parler se rejoignent par la route.
Et justement, parlons-en, de ces routes. À partir de Skye et dans les Highlands, vous allez rouler énormément sur des single track roads : une seule voie, avec des « passing places » signalés toutes les quelques centaines de mètres. Le principe est simple : quand une voiture arrive en face, celui qui est le plus proche d’un passing place s’y range (ou recule jusqu’au précédent). On se fait un petit signe de la main, et on repart. Ça se prend très vite.
CONSEIL IMPORTANT
Ce n’est pas parce que le GPS annonce 1 heure de route que vous mettrez 1 heure. Vous allez (beaucoup) vous arrêter, pour un loch (le nom écossais d’un lac) ou pour un troupeau de moutons au milieu de la route. Ma règle sur ce voyage : je doublais systématiquement les temps de trajet annoncés. Prévoyez large, sinon vous passerez votre séjour à courir après votre planning au lieu de profiter des paysages par la fenêtre.
Combien coûte ce voyage ?
Quelques repères relevés pendant le voyage, au moment où j’écris ces lignes :
- L’ETA : 20 £ par personne.
- Le ferry Mallaig → Armadale : environ 13 £ pour la voiture et 4 £ par adulte.
- Un dîner à The Cottage at Royal Terrace : entre 55 et 85 £ selon le nombre de plats.
Jour 1 : arrivée à Édimbourg
La plupart d’entre vous arriveront par Édimbourg, alors autant commencer par là. On arrive en début d’après-midi. Je vous conseille de récupérer la voiture de location dès l’aéroport et de choisir un logement avec parking gratuit : elle y restera jusqu’au jour 3, car la ville se fait à pied. Si vous préférez économiser deux jours de location, rejoignez le centre en tram ou en bus, et récupérez la voiture le matin du départ vers les Highlands.
On dépose les affaires à la Kingsway Guest House, une maison d’hôtes très mignonne et très typique, au 5 East Mayfield (EH9 1SD), dans le quartier calme de Newington. C’est le format que je recommande à Édimbourg : plus chaleureux qu’un hôtel, et souvent bien mieux placé pour le prix. On est à 5 minutes à pied de Holyrood Park, à une trentaine de minutes à pied du château, et il y a un parking privé gratuit, ce qui est précieux dans cette ville. Mention spéciale pour le petit-déjeuner, cuisiné le matin même : il a été finaliste du prix AA du meilleur petit-déjeuner d’Écosse en 2022, et la maison a été élue meilleur B&B d’Écosse aux Scottish Hospitality Awards 2019.
Premiers pas dans la ville : Holyrood Park et Arthur’s Seat
Pour la première soirée, direction Holyrood Park. C’est LE truc qui me fascine ici : Édimbourg a une montagne en plein centre-ville. Un ancien volcan, éteint depuis 340 millions d’années, avec des falaises, des étendues de pelouse et des sentiers, à dix minutes à pied de la vieille ville.
Deux options selon votre forme en arrivant. La version tranquille : la boucle au pied des Salisbury Crags, quasiment plate, avec la ville qui se déroule sur votre gauche. La version qui envoie : la montée jusqu’à Arthur’s Seat, le point culminant du parc. Comptez 45 minutes à une heure depuis Holyrood pour 250 mètres de dénivelé, et une vue à 360° sur la ville, le Firth of Forth et, par temps clair, les collines du Fife de l’autre côté de l’eau.
Dans les deux cas, allez-y en fin de journée. La lumière tombe à l’horizontale sur les toits de la vieille ville et c’est autre chose qu’à midi. Prenez une couche de plus : là-haut, ça souffle toujours.

Dîner à The Cottage at Royal Terrace
Pour le dîner, on avait réservé à The Cottage at Royal Terrace, une excellente adresse que je vous recommande absolument.
Elle est au 1 Royal Terrace Gardens, avec l’accès depuis London Road, et vous ne la verrez pas depuis la rue : il faut s’engager sur un chemin de jardin, et passer devant les herbes aromatiques, les légumes et les petits fruits.
Le principe, c’est la table commune : de longues tablées de part et d’autre d’une cuisine semi-ouverte, où on se retrouve à dîner à côté de gens qu’on ne connaît pas. Je sais que ça peut faire peur à certains. C’est pourtant ce qui fait le charme de la soirée, et l’ambiance reste calme, ce n’est pas une cantine bruyante.
Côté assiette, c’est un menu unique qui suit les saisons écossaises, avec beaucoup de produits locaux et des touches qui viennent directement du potager devant la porte. Excellent, du début à la fin.
INFOS PRATIQUES
- Réservez. Il y a très peu de couverts.
- Regardez les jours d’ouverture. Le restaurant n’ouvre pas tous les jours de la semaine, et l’amplitude change en août pendant le Festival. Vérifiez avant de caler votre soirée.
- Prévenez pour les régimes alimentaires. C’est un menu unique, donc si vous êtes végétarien comme moi, ou que vous avez une allergie, il faut les prévenir à l’avance. Faites-le au moment de la réservation.
- Question budget : au moment où j’écris ces lignes, comptez autour de 25 £ pour le déjeuner en deux services, et entre 55 et 85 £ le soir selon le nombre de plats. Pour ce que c’est et pour le cadre, je trouve ça très correct.
Puis retour à pied vers le logement, à travers les rues géorgiennes et leurs portes peintes de toutes les couleurs. C’est une balade en soi.
Jour 2 : que voir à Édimbourg en une journée
Une journée, c’est trop court. Mais allons à l’essentiel.
Le matin, direction le château. Il domine toute la ville depuis son rocher volcanique, tout en haut du Royal Mile, l’artère principale de la vieille ville, et c’est évidemment le monument numéro un d’Édimbourg. Un petit café sur le chemin, et on monte tranquillement par la Old Town.
Puis Victoria Street, cette rue courbe bordée de façades colorées qui est devenue l’image la plus partagée de la ville. C’est très touristique, oui. C’est aussi très beau, et ça se fait très bien tôt le matin quand les boutiques ouvrent à peine. Juste à côté, faites un détour par Armchair Books : une librairie d’occasion avec des piles de livres du sol au plafond.

Pause déjeuner rapide, puis nouvelle balade dans la Old Town : les closes, ces ruelles étroites qui s’enfoncent entre les immeubles, valent autant que les grandes artères.
Dean Village, mon coup de cœur d’Édimbourg
Et enfin, l’endroit que je retiens de la ville : le Dean Bridge, et le vallon qu’il enjambe.
On quitte le centre en dix minutes de marche, on passe le pont de Telford (32 mètres au-dessus de la rivière, construit en 1831) et on descend au bord de la Water of Leith.
En bas, on se retrouve dans Dean Village, un ancien village de meuniers avec ses maisons au bord de l’eau. Vous êtes toujours en plein Édimbourg, mais vous n’entendez plus rien.
Et si vous cherchez LA photo, celle que vous avez forcément vue passer sur Pinterest ou Instagram, c’est Hawthornbank Lane. Une ruelle pavée, étroite et très pentue, qui descend vers la rivière et s’ouvre d’un coup sur Well Court et sa tour d’horloge, avec l’eau au premier plan. Descendez jusqu’au petit pont métallique au bout de la ruelle : c’est de là que tout le monde shoote. Le matin ou en fin d’après-midi, la lumière est idéale.
Et pendant que vous y êtes : Circus Lane, à Stockbridge, est à dix minutes en longeant la rivière. Autre ruelle pavée, autre carte postale, avec les façades couvertes de plantes et le clocher de St Stephen’s au bout. Les deux se font très bien dans la même balade.
Jour 3 : d’Édimbourg au sud de Skye, par la route des îles
Départ très tôt d’Édimbourg, direction le nord-ouest. C’est la journée la plus longue du séjour, mais elle est belle de bout en bout.
La traversée de Glencoe
Premier grand moment : la traversée de Glencoe. En venant d’Édimbourg, on y arrive par l’est, après la grande lande de Rannoch Moor, et on descend la vallée vers la mer. C’est un classique de l’Écosse, et vous comprendrez pourquoi dès les premiers virages : les montagnes tombent à pic de chaque côté de la route, et après la pluie, des cascades dévalent les pentes un peu partout.
Il y a plusieurs parkings et points de vue le long de l’A82, prenez-en au moins deux ou trois. Les deux que je note pour vous, à rentrer directement dans Google Maps :
- Three Sisters Car Park : 56.6677, -4.9865. Le point de vue le plus connu de la vallée, gratuit, juste au bord de la route, sur les trois grands éperons qui plongent depuis le massif du Bidean nam Bian.
- Meeting of Three Waters : 56.6627, -4.9653. Une cascade visible depuis le bord de la route, à quelques centaines de mètres, spectaculaire après la pluie (donc souvent).

Voir passer le Jacobite (oui, le train d’Harry Potter)
On enchaîne ensuite vers Glenfinnan, pour voir passer le fameux Jacobite Steam Train sur le viaduc. Le jour où j’y étais, il est passé à 13h20, et je peux vous dire que ça vaut le déplacement même si vous n’êtes pas fan de la saga (et même s’il pleut). Prenez cet horaire comme une indication : il change selon les jours et les services.
BON À SAVOIR
Vous n’avez pas besoin de billet pour voir le train : le point de vue au-dessus du parking du viaduc, à Glenfinnan, est libre d’accès (comptez 15 à 20 minutes de montée à pied). En revanche, le parking est vite plein en été : arrivez au moins une heure en avance.
Pour les horaires, deux sources. Le site de l’opérateur, West Coast Railways (westcoastrailways.co.uk), donne les dates de circulation et les départs de Fort William. Et le site du musée de la gare de Glenfinnan (glenfinnanstationmuseum.co.uk) indique les heures de passage approximatives sur le viaduc. Le programme du jour est aussi affiché au centre des visiteurs, mais vérifiez en ligne la veille.
Attention à la saison. Le Jacobite ne circule pas toute l’année. En général, le service du matin tourne de début juin à fin octobre, et celui de l’après-midi de juin à fin septembre, mais les dates exactes changent chaque année : vérifiez-les sur le site de l’opérateur. Si vous partez en avril ou en mai, ne calez pas votre journée là-dessus.

À 14h50, on l’a recroisé un peu plus loin sur la route, derrière le Loch Eilt. Beaucoup moins de monde qu’au viaduc, un décor de lac et de petites îles boisées, et une image que je trouve personnellement magnifique. On l’a même revu ensuite arrêté à la gare, en prime.

La route jusqu’à Mallaig, et le ferry pour Skye
Et là, personne ne vous en parle jamais : la route entre Glenfinnan et Mallaig est folle. L’A830 longe des lochs, traverse des forêts, débouche sur des plages de sable blanc face aux îles, et surtout, il n’y a personne. On a mis deux fois plus de temps que prévu (encore une fois), parce qu’on s’arrêtait tous les kilomètres.
Faites le plein à Fort William ou à Mallaig : les stations se raréfient et ferment tôt dans le sud de Skye. C’est aussi le moment de faire vos courses, car les commerces se font rares une fois sur l’île. Puis direction le port.
Le ferry de Mallaig à Armadale
On a embarqué la voiture sur le ferry Mallaig → Armadale, opéré par CalMac. La traversée dure une trentaine de minutes, et arriver sur Skye en voyant l’île grossir depuis le pont du bateau, c’est une autre entrée en matière que le pont routier.
RÉSERVEZ VOTRE FERRY
C’est une ligne réservable, et les places voiture partent vite en haute saison. Au moment où j’écris ces lignes, comptez environ 13 £ pour une voiture de moins de 6 mètres et 4 £ par adulte à l’aller (le tarif véhicule n’inclut pas le conducteur). L’enregistrement des véhicules ferme 20 minutes avant le départ.
Deux pièges : certaines dates ont des horaires « marée basse » différents du tableau habituel, donc vérifiez bien votre jour et pas seulement la grille hebdomadaire. Et si la traversée est annulée pour cause de météo (ça arrive), le plan B, c’est le pont de Skye… soit environ 3h30 de route. Prévoyez de la marge dans votre journée.
Tout est sur calmac.co.uk.
On a ensuite rejoint un logement dont on se souviendra toute notre vie : le Eilean Sionnach Lighthouse Cottage, un ancien cottage de gardien de phare posé sur son îlot, face à la mer. On laisse la voiture sur la jetée d’Isleornsay, on descend un escalier de pierre, et un bateau vient nous chercher pour nous déposer sur une île privée. Après une journée de route, on se retrouve dans une barque ouverte, avec les sacs, au soleil, face à un phare qui grossit à vue d’œil. Je vous en reparle plus bas.

Jour 4 : le sud de Skye, la partie la plus sous-cotée de l’île
Voilà, on y est. La journée qui, pour moi, justifie à elle seule d’aborder l’île par le sud.
Le sud de Skye, c’est la péninsule de Sleat et la route qui file vers Elgol. Sur le papier, c’est court. Dans la vraie vie, vous allez y passer la journée, et c’est juste magique.
Un café dans une maison en ruine
Premier arrêt sur la route, un endroit que j’ai adoré : un petit café installé dans une maison en ruine, le Lean On Coffee. Des murs de pierre sans toit, un comptoir, un café bien chaud et des pâtisseries succulentes.

La plage aux algues rouges et les moutons en liberté
En continuant vers Elgol, arrêtez-vous à la plage [NOM DE LA PLAGE OU COORDONNÉES GPS À COMPLÉTER]. Elle est tapissée d’algues rouges, ce qui donne une texture et des couleurs assez dingues au bord de l’eau, surtout quand le ciel est gris.
Et sur tout le chemin, des moutons en liberté. Pas derrière une clôture : en plein milieu de la route, ou couchés sur les talus.

Elgol, au bout du bout
Au bout du bout de la route, il y a Elgol. 168 habitants, un village de pêcheurs, une cale de mise à l’eau, et en face… les Cuillin. La chaîne de montagnes la plus impressionnante de l’île, vue depuis la mer. On y est restés bien plus longtemps que prévu.
Si vous avez le temps et une météo clémente, des bateaux partent d’Elgol pour rejoindre le Loch Coruisk, niché entre les sommets des Cuillin. Pensez à vérifier les départs la veille.
Dormir dans un phare, sur sa propre île
Retour au Eilean Sionnach Lighthouse Cottage pour la nuit. Je crois que c’est un des logements les plus marquants de tous mes voyages.
C’est un îlot privé de quelques centaines de mètres, juste en face du village d’Isleornsay, dans le sud de Skye. Le phare y fonctionne toujours, et c’est l’ancienne maison de son gardien qu’on loue. L’île est à vous. J’ai rarement aussi bien dormi.
C’est le skipper qui vient vous chercher en bateau à la jetée d’Isleornsay et qui vous dépose sur les galets.
Dans la maison : quatre chambres avec salle de bain, jusqu’à huit personnes, de grandes fenêtres à guillotine qui donnent toutes sur la mer, un salon avec un poêle à bois, et un brasero dehors. C’est un point de chute idéal en famille ou entre amis, c’est même le format pour lequel l’endroit est fait, puisqu’on loue la maison entière. Pour réserver, cliquez ici.

CE QU’IL FAUT SAVOIR AVANT DE RÉSERVER
On ne traverse pas de nuit. C’est la règle numéro un et elle est non négociable : le skipper doit être rentré peu après le coucher du soleil. L’arrivée se fait donc en milieu d’après-midi, en pleine lumière. Si vous avez une longue route ou un ferry le jour même (c’était notre cas), prévoyez très large.
Faites vos courses avant. La maison est en autonomie complète : pas de restaurant, pas de petit-déjeuner servi, et évidemment pas de supérette au coin de la rue. Ne débarquez pas les mains vides.

Jour 5 : le nord de Skye, de l’Old Man of Storr au Quiraing
Départ tôt, parce que la journée est chargée et qu’on va enchaîner deux des plus belles randonnées de l’île.
Les vaches à frange et le pont de Sligachan
Sur la route, on est tombés sur des Highland cattle, les fameuses vaches à frange rousse. Elles sont partout et nulle part : impossible de savoir où vous en croiserez, elles se font désirer.
Arrêt ensuite au pont de Sligachan, un vieux pont de pierre au pied des Cuillin. La légende raconte que si vous plongez votre visage 7 secondes dans l’eau de la rivière, vous obtenez la beauté éternelle. Petite précision : l’eau descend directement de la montagne, elle est glaciale. Les 7 secondes risquent d’être longues.

Portree, la pause déjeuner
Direction Portree, la « capitale » de Skye, connue pour ses maisons colorées alignées au-dessus du port. Capitale, le mot est grand : on parle d’environ 2 300 habitants. Mais à l’échelle de l’île, c’est le centre du monde : c’est le meilleur endroit pour manger, faire le plein d’essence et retirer du cash si besoin. On y a pris un excellent sandwich focaccia à emporter chez Summer Café, mangé face au port.
Loch Fada et l’Old Man of Storr
On remonte ensuite vers le nord par l’A855. Premier arrêt, le Loch Fada (avis aux Marseillais…) : c’est la version « reflet » de l’Old Man of Storr, l’aiguille qui se dédouble dans l’eau du loch, prise depuis le bord de la route. Ce n’est pas l’image qui tourne le plus sur Instagram (celle-là, c’est la vue d’en haut, depuis le sentier, on y va juste après), mais elle a un gros avantage : elle demande trois minutes et zéro effort.
Juste après, on attaque la plus connue des randonnées de l’île : l’Old Man of Storr. Comptez 1h30 aller-retour depuis le parking, qui est payant. Le sentier est large et bien aménagé ; il grimpe beaucoup plus que celui du Quiraing, mais reste accessible.
Est-ce que ça vaut le coup malgré la foule ? Oui. Se retrouver au pied de cette aiguille de 50 mètres, avec la mer et les nuages en dessous, ça remet tout le monde à sa place.

Mealt Falls et Kilt Rock
En continuant vers le nord, arrêtez-vous à Mealt Falls, une cascade qui tombe directement dans la mer depuis le haut de la falaise, juste en face de Kilt Rock, ces colonnes de basalte verticales. Le point de vue est aménagé et à deux pas du parking : c’est un arrêt de cinq minutes, sur la route du Quiraing, donc ce serait dommage de s’en priver.
Le Quiraing, mon coup de cœur de Skye
Et on arrive à ce qui a été, pour moi, le moment de l’île.
Le Quiraing se trouve tout au nord de la péninsule de Trotternish. Ce n’est pas une montagne : c’est un glissement de terrain. On le présente comme le plus grand de Grande-Bretagne, et il bouge encore : la petite route qui passe en contrebas doit être réparée régulièrement. Des pans entiers de plateau volcanique ont glissé vers la mer, et le sentier se faufile dans le chaos d’aiguilles et de tours de roche qu’ils ont laissé derrière eux.
En deux heures de marche, j’ai eu du soleil, du gris, de la pluie, du soleil, de la pluie. Le temps de sortir l’appareil photo et de le régler, les nuages avaient déjà effacé la montagne que je visais. C’est ça, le Quiraing : vous photographiez un paysage qui change en permanence, au rythme des nuages et de la lumière.
INFOS PRATIQUES : LE QUIRAING
Comptez 2 à 3 heures pour la boucle principale. Le parking en haut du col est petit et payant, et il est plein très tôt en été : visez le début de matinée ou la fin d’après-midi. En suivant cet itinéraire (Old Man of Storr d’abord, Quiraing ensuite), vous y arriverez justement en fin d’après-midi. Le sentier est étroit et exposé par endroits, avec un passage un peu vertigineux : chaussures de rando obligatoires, et méfiance par temps très humide.


Ullinish House, une nuit au milieu des champs
Après une journée pareille, on avait besoin d’un endroit calme. On l’a eu.
Ullinish House se trouve sur la côte ouest de Skye. Autant vous prévenir tout de suite : c’est vraiment au milieu de nulle part. On quitte la route principale et on roule quelques minutes sur une voie unique entre les champs avant d’arriver sur place.
La maison a beaucoup de charme : une ancienne ferme de pierre du XVIIIe siècle, entièrement rénovée récemment, avec des papiers peints à motifs, des meubles anciens et un salon cosy où on peut lire ou traîner devant un jeu de société. Et le petit-déjeuner est excellent.

PETIT CONSEIL PRATIQUE
Prévoyez votre dîner. Il n’y a rien sur place et le premier vrai restaurant est à une vingtaine de minutes de route.
Jour 6 : quitter Skye par le Bealach na Bà, la plus belle route du Royaume-Uni
Journée de transition… enfin, sur le papier, parce qu’elle a été une des plus spectaculaires du voyage.
Petit brunch au Bog Myrtle, sur Skye : une soupe avec des tartines grillées. C’est simple et chaud, exactement ce dont on a envie ici. À savoir : en Écosse, la grande majorité des cafés et restaurants tiennent compte des restrictions alimentaires, et vous trouverez des options végétariennes, souvent même vegan, à peu près partout. Sur la route, on est repassés par notre Lean On Coffee du jour 4.
Le château d’Eilean Donan
On quitte Skye et on s’arrête au château d’Eilean Donan, à Dornie. C’est probablement le château le plus photographié d’Écosse : posé sur un îlot, relié à la terre par un pont de pierre, à la jonction de trois lochs. Il a été détruit au XVIIIe siècle puis entièrement reconstruit au début du XXe. Vous pouvez le visiter, mais la vue depuis l’extérieur vaut déjà l’arrêt.

Bealach na Bà, le col des vaches
Et là, accrochez-vous : direction le Bealach na Bà.
C’est une route à voie unique qui grimpe de la mer jusqu’à 626 mètres en moins de 10 kilomètres, avec des lacets serrés et des pentes qui atteignent 20 %. Construite en 1822 pour faire passer les troupeaux (son nom signifie « le col des vaches »), elle est conçue comme un col alpin, sauf qu’on est en Écosse, sur une seule voie, avec des virages en épingle. C’est le plus fort dénivelé routier du Royaume-Uni.
Ce n’est pas une route difficile si vous êtes un peu à l’aise en conduite et que vous savez faire une marche arrière jusqu’au passing place. En revanche, camping-cars et caravanes y sont interdits, et par temps de brouillard, il vaut mieux passer par la route côtière.
Petit bonus dont personne ne parle : en bas de la descente, côté Applecross, il y a souvent des Highland cattle (c’est par ici), les mêmes vaches à frange rousse que sur Skye.
La route côtière d’Applecross à Shieldaig
On redescend sur Applecross, avec un arrêt café à l’Applecross Walled Garden : un café installé dans un jardin clos, au milieu des légumes et des fleurs.
Puis on prend la route côtière vers Shieldaig. Beaucoup moins connue que le col, mais superbe : la route monte et descend le long de la mer, avec Skye en face pendant une bonne partie du trajet. Comptez large, encore une fois, parce que vous allez vous arrêter tous les kilomètres.
Pour la nuit, nous avons opté pour un petit Airbnb à Kinlochewe. Une maison simple, propre et bien chauffée, au pied des montagnes de Torridon, à mi-chemin entre la côte et les lochs du lendemain. Après une journée de route pareille, on ne demandait rien d’autre qu’une bonne douche et un lit. Pour le dîner, on a mangé dans un café pizzeria à 3 minutes à pied.
Jour 7 : un jour de pluie entre le Loch Maree et Gairloch
Sur 8 jours en Écosse, il y aura forcément des journées où il pleut du matin au soir. On en a eu une, et voilà comment on l’a vécue, parce que ça peut vous arriver aussi.
Première étape, les Victoria Falls, près du Loch Maree. Une cascade accessible en quelques minutes de marche depuis le parking, dans une forêt de mousse et de fougères. Par temps de pluie, elle est au maximum de son débit. Et par chance, nous avons eu une toute petite éclaircie à ce moment-là.
Une nuit au Shieldaig Lodge
On a ensuite rejoint le Shieldaig Lodge, où on a passé la nuit. Attention à ne pas le confondre avec le village de Shieldaig de la veille : le lodge se trouve à Badachro, juste à côté de Gairloch, à plus d’une heure de route de là.
On a passé du temps dans le salon. Les hôtels écossais sont aussi pensés pour ça, avec de grandes pièces où on peut se poser au chaud pendant que la pluie tombe dehors. Profitez-en.
C’est un ancien pavillon de chasse victorien, posé au bord de l’eau face à une baie où les bateaux vont et viennent et où on aperçoit régulièrement des phoques. Il est perdu au milieu d’un domaine d’environ 10 500 hectares, sur le tracé de la North Coast 500. Le bâtiment a gardé tout son caractère, jusqu’à son bar à whisky, et le restaurant donne directement sur le loch.
LE CONSEIL DU JOUR DE PLUIE
Ne réorganisez pas tout votre planning pour fuir la météo, vous allez y passer votre voyage. Gardez simplement une ou deux activités « de repli » pour chaque étape, comme un château qui se visite à l’intérieur ou un bon café. Et acceptez de vous poser une demi-journée.
Jour 8 : retour par Glencoe et Stirling, et une adresse d’exception
Grande journée de route vers le sud, en repassant par Glencoe.
La vallée vaut le coup dans ce sens-là aussi. À l’aller, on y entre par l’est et on la descend vers la mer. Au retour, on arrive par l’ouest : on longe le Loch Leven, puis on remonte la vallée avec le soleil dans le dos, et ce sont les parois qui s’allument les unes après les autres. On s’est arrêtés sur des parkings qu’on avait ignorés à l’aller, on a refait des photos des mêmes montagnes, et on a poussé quelques centaines de mètres à pied depuis la route pour s’éloigner du bruit des voitures.
Arrêt ensuite à Stirling et son château perché, qui mérite le détour même rapide : c’est ici que s’est jouée une bonne partie de l’histoire écossaise, et depuis les remparts, la vue porte sur la plaine et le monument à William Wallace.

Cromlix, la nuit qu’on n’oubliera pas
Arrivée en fin de journée à Cromlix, à Kinbuck, juste au nord de Dunblane, pour la dernière nuit du voyage.
C’est un manoir victorien de 1880 posé dans environ 14 hectares de bois et de jardins, avec sa propre chapelle, son petit loch, un court de tennis, une forêt, un espace spa et un potager. Dès l’arrivée, on tombe sur une collection de bottes de pluie et d’imperméables Barbour, à disposition pour aller explorer les alentours.
Le manoir appartient à Kim et Andy Murray (oui, le joueur de tennis, qui a grandi juste à côté), et l’endroit a été entièrement repensé par Kim. Le résultat n’a rien du décor écossais figé qu’on imagine : c’est coloré, contemporain, plein d’œuvres d’art, et pourtant complètement dans son époque et dans son lieu.
Dîner au Garden Room, une des tables de la maison. Délicieux, avec une cuisine de saison et beaucoup de produits du potager de la propriété.
Ce n’est pas le budget d’une auberge de jeunesse. Mais pour une nuit d’exception à la fin d’un road trip dans les Highlands, avant de rentrer sur Édimbourg, c’est celle-là que je choisirais.
INFOS PRATIQUES
- La position est idéale : à moins de 80 km d’Édimbourg et de son aéroport, ce qui en fait une dernière étape parfaite avant de repartir. C’est exactement pour ça qu’on l’a placée à cet endroit de l’itinéraire.
- Réservez la table en même temps que la chambre. Il y a plusieurs restaurants sur le domaine et ils se remplissent, y compris avec des gens qui ne dorment pas là.
- On peut venir sans dormir. Si le budget nuitée n’est pas envisageable, l’afternoon tea ou un déjeuner permettent de voir le lieu et les jardins pour beaucoup moins cher. C’est une astuce que j’utilise souvent pour les adresses qui font rêver.
Le lendemain matin : bain froid et retour
Réveil dans le domaine, et matinée qui commence par un bain froid suivi d’un sauna (pensez à le réserver en même temps que votre séjour, ça ne se décide pas le matin même). Si vous n’avez jamais essayé : c’est violent sur le moment, et vous êtes ensuite dans un état de calme total pendant deux heures. Faire ça au milieu d’un bois écossais, c’est quand même quelque chose.
Puis route vers l’aéroport d’Édimbourg, moins d’une heure, et fin du voyage.
Combien de jours faut-il pour cet itinéraire en Écosse ?
Huit jours, c’est bien. C’est même le minimum selon moi pour faire Édimbourg et Skye et les Highlands de l’ouest sans passer votre séjour au volant.
Mais huit jours, ça veut dire faire des concessions : pas de Glasgow, de Loch Ness ni d’Inverness. Pas de North Coast 500, pas de Cairngorms, pas de distillerie sur Islay, pas d’Hébrides extérieures. L’Écosse est un pays où on a toujours envie d’ajouter une étape, et c’est précisément comme ça qu’on se retrouve à faire 300 kilomètres par jour en ne voyant rien. J’ai préféré trois régions bien vues à huit régions traversées.
Si vous avez moins de temps, voici comment je découperais :
- 5 jours : Skye (sud et nord), le Bealach na Bà et le retour par Glencoe.
- 6 à 7 jours : ajoutez Torridon, Shieldaig et Gairloch, qui sont largement sous-cotés.
- 8 jours et plus : ajoutez Édimbourg, comme nous, au début pour atterrir en douceur (ou à la fin si vous préférez finir en ville).
Et si vous n’avez qu’un long week-end, j’ai aussi un itinéraire pour visiter l’Écosse en 3 jours, ainsi que mes conseils pour réussir un road trip en Écosse.
Et le Loch Ness ?
On ne l’a pas fait, mais si vous y tenez, il s’ajoute assez bien au retour. Depuis Gairloch, rejoignez Inverness, longez le Loch Ness jusqu’à Fort Augustus, puis descendez vers Fort William et Glencoe. Ça rallonge nettement la route : prévoyez une nuit de plus sur le trajet, par exemple à Fort Augustus ou à Fort William.
Et un dernier mot sur Skye, pour boucler la boucle. Tout le monde monte à l’Old Man of Storr, presque personne ne descend dans le sud : faites les deux. Et si vous ne devez faire qu’une seule randonnée sur l’île, allez au Quiraing, en fin d’après-midi, avec une couche de plus dans le sac.
N’hésitez pas à me donner en commentaire les bonnes adresses et les lieux que j’aurais pu oublier dans le coin 😊



