Rodolphe nous raconte son expérience à Tokyo et c’est passionnant. Même si vous ne comptez pas vivre là-bas, je vous conseille fortement de lire son témoignage qui en apprend beaucoup sur la société japonaise. Bonne lecture 🙂

Vivre à Tokyo : l’exemple de Rodolphe

Bonjour, peux-tu te présenter pour ceux qui ne te connaissent pas ?

Salut ! Moi c’est Rodolphe, j’ai 25 ans et j’ai une formation LEA orientée traduction anglais / espagnol. En vrai je ne m’en suis jamais servie parce que même si je voulais être traducteur à la base, j’ai changé d’avis et j’ai travaillé dans l’aérien pour une compagnie japonaise avant de partir voyager autour du monde ! J’ai eu ma licence au terme d’une année Erasmus en Angleterre et c’est à ce moment-là que je suis tombé amoureux du voyage… Alors je me suis dit autant tenter l’aventure tant que j’ai le temps !

Pourquoi es-tu parti au Japon ? Et pourquoi as-tu choisi Tokyo ?

En fait, partir vivre au Japon c’était un peu comme un rêve pour moi. J’apprenais la langue, j’avais fait des rencontres incroyables avec des Japonais en France, j’étais allé plusieurs fois en vacances là-bas… Je voyais le Japon comme mon rêve américain. Je pensais pouvoir trouver un boulot sympa, une coloc sympa et commencer une nouvelle vie !

Vous vivez aussi à l’étranger et vous aimeriez partager votre expérience auprès de la grande communauté de Votre Tour du Monde ? C’est simple, envoyez-moi un petit mail 🙂

Si je suis parti à Tokyo c’est parce que j’avais des « amis » japonais qui étaient sur place. Bon en vérité il se trouve que je ne les ai jamais revus… Mais c’est l’aventure, c’est comme ça, et je suis tout de même resté un an au pays du Soleil Levant !

Après, beaucoup d’autres raisons m’ont amené à partir : c’est le meilleur endroit pour pratiquer la langue en immersion totale, la culture est fascinante, les paysages sont magnifiques, on en apprend beaucoup sur une société qui fascine et dont tout le monde parle, on part rencontrer des gens sur la route… Mon voyage au Japon a eu son lot de surprises et m’a permis de grandir énormément !

Est-ce qu’il y avait des préparatifs particuliers à faire ?

Pour les vêtements non, pas vraiment, les températures sont plus ou moins les mêmes que chez nous.

Par contre pour rester plus de trois mois sur le territoire japonais, il faut évidemment un visa. J’ai opté pour le PVT, le plus courant et le plus facile à obtenir. Il suffit de monter un dossier, très détaillé, et d’avoir les fonds nécessaires (tout est indiqué). Le visa est gratuit mais il faut se déplacer à l’ambassade, ce qui peut être compliqué si on habite loin d’une grande ville. Il y a bien sûr d’autres visas disponibles : plusieurs visas étudiants, un visa de travail, un visa d’époux et même des bourses d’études… (MEXT) Je pense que si on souhaite vraiment séjourner au Japon, c’est possible !

As-tu vécu un choc culturel important ?

Pas tout de suite en fait. En arrivant, c’était le rêve. J’étais à Tokyo quoi ! Tout me paraissait irréel. J’ai acheté mon vélo, j’ai emménagé dans ma coloc, je n’avais pas encore de boulot donc un max de temps libre… C’était parfait !

Bien sûr ça va dépendre des gens et des tempéraments, mais je n’ai pas aimé vivre à Tokyo. Je suis parti à Osaka par la suite, en stop, et là c’était une autre histoire !

Et puis quelques mois ont passé et j’ai eu une désillusion. Je ne me sentais pas chez moi et j’étais fatigué de me sentir comme l’étranger de service malgré tous mes efforts pour m’intégrer. La façon dont la société fonctionne ne me correspondait pas non plus. Même en essayant de prendre du recul et de me dire que ça ne m’atteignait pas, c’était pesant… Bien sûr ça va dépendre des gens et des tempéraments, mais je n’ai pas aimé vivre à Tokyo. Je suis parti à Osaka par la suite, en stop, et là c’était une autre histoire ! Les gens là-bas sont plus ouverts, ça ne fait aucune différence que tu sois étranger ou pas. Je me suis fait de véritables amis dans cette ville et je me suis senti très à l’aise !

Qu’est-ce qui te plaît le plus dans ta nouvelle vie ?

D’abord, être à l’étranger tout simplement ! Découvrir la culture telle qu’elle est réellement, parler la langue tous les jours, rencontrer de nouvelles têtes… Ce sont des choses qui contribuent à la beauté du voyage. Ensuite, les petites « épiceries » japonaises ouvertes 24h/24… (konbini) Quel bonheur !

La sécurité au Japon aussi, c’est incroyable ! On ne se sent jamais en danger, (quand on est une fille c’est encore plus marquant !) quand on perd quelque chose dehors on est quasiment sûr de le retrouver… Petite anecdote, une amie japonaise avait oublié son portefeuille dans un restaurant, elle a dit « j’y retournerai demain pour le récupérer » sans pression. Elle y est retournée, le staff l’avait mis de côté pour elle !

Le Japon est à la pointe de la technologie, très accessible notamment pour les personnes handicapées… Tout est tellement pratique qu’on ne se rend même plus compte du travail que ça demande, une telle organisation ! Et les trains toujours à l’heure… Exceptionnel !

A l’inverse, qu’est-ce que tu n’apprécies pas trop ?

La société ! J’ai essayé de prendre du recul et de ne pas y faire attention, mais elle finit par peser… Je n’ai pas la prétention de vouloir la changer, je respecte la façon de vivre des Japonais et je ne suis personne pour juger ça. Et je ne compare pas non plus avec notre société, mais j’ai constaté pas mal de choses sur place. Je ne suis pas d’accord avec les effets pervers qu’elle a sur l’être humain, sur ses libertés. Les gens travaillent beaucoup trop, ou du moins restent trop longtemps sur leur lieu de travail, (nuance très importante) la place de la femme, la notion de hiérarchie, trop souvent dramatique pour ceux d’en bas, la notion de service à double tranchant, fantastique quand on est servi, horrible quand on sert… Le Japon a été un pays fermé pendant trop longtemps je pense et les habitants ne remettent pas les choses en question, « c’est comme ça », « on fait avec », on a l’impression que beaucoup subissent et ça m’a gêné. Combien de fois on m’a dit « les étrangers vous avez l’air d’avoir une vie cool »… C’est difficile de débattre, d’avoir des échanges d’idées, même de parler films, musique… C’est curieux comme sensation et quand on habite sur place, ça peut vite devenir désagréable, malheureusement.

Il y a-t-il eu des difficultés d’adaptation dans ta nouvelle vie ?

Oui, forcément ! Le Japon est un pays atypique, il n’y en a pas deux comme lui ! On m’a souvent dit que c’est parce que tu es étranger que c’est difficile de s’intégrer, mais au Japon c’est un autre niveau ! À Tokyo, du moins… C’est important de le préciser, Tokyo est vraiment particulière et ne ressemble que très peu aux autres grandes villes de l’archipel.

Tu as longuement habité en France… Alors, tu préfères vivre à Tokyo ou notre cher pays ?

Je préfère la France ! Paris m’avait beaucoup manqué. En fait, j’aime la mixité, la diversité. J’aime quand on ne prévoit rien mais que les choses se font au dernier moment, comme ça. À Tokyo les gens sont organisés à l’extrême et prévoient les choses des semaines à l’avance parce qu’ils travaillent énormément.

J’aime aussi le côté humain qu’ils oublient trop souvent là-bas : voir des couples se tenir la main, s’embrasser, voir des gens se serrer dans les bras, entendre des gens se fâcher, se disputer… C’est tout bête, mais ça n’arrive que rarement au Japon, les gens ne s’adressent pas la parole dans la rue, ils se saluent sans se toucher, les couples ne se montrent que très peu d’affection… Et au bout d’un moment j’ai trouvé ça froid, silencieux, triste.

Comment est le marché du travail là-bas ?

Ça recherche pas mal, dans toutes sortes de domaines ! Pour les petits bars, les restaurants, les cours de français, d’anglais, il y a du travail à la pelle ! Tokyo c’est super grand, et il y a forcément un quartier qui te correspond et qui recherche du travail.

Pour le travail plus qualifié, ça bouge aussi : j’ai un ami français qui a obtenu un contrat de 5 ans à Osaka dans le graphisme. Mais pour ça, il faut un diplôme correspondant, évidemment. Après bien sûr, il y a les petits jobs de model / mannequinat pour des magazines et tous ceux dans lesquels être étranger est un plus ! (le mythe du grand blond aux yeux bleus marche bien…)

En parlant avec les locaux et en faisant des rencontres sur place, on se rend vite compte que c’est un pays rempli d’opportunités. Après, parler japonais est un plus, mais ce n’est pas toujours indispensable. L’anglais passe. Par contre si on ne parle ni l’un ni l’autre, ça va devenir compliqué !

Et le coût de la vie à Tokyo, est-il très important ?

Plus ou moins comme à Paris ! On peut trouver un logement en périphérie de la capitale sans être trop loin du centre pour pas trop cher. (Setagaya, Kichijoji…) La nourriture en général coûte moins cher, on peut manger dehors régulièrement sans se ruiner : 3 euros le bol de ramens. Les transports en revanche, si on prend souvent le métro, coûtent plus cher. Il n’y a pas de forfait au mois comme le pass Navigo, c’est une carte qu’on recharge à chaque fois qu’elle est vide et chaque trajet de métro nous coûte tant. Ça peut très vite atteindre des sommes monumentales si on ne fait pas attention !

Après pour le logement, en appartement, c’est assez cher si on est seul, et on doit parfois même payer trois fois le loyer quand on emménage ! Il y a des « taxes » spéciales au Japon, qu’on appelle Shikikin (dépôt de garantie rarement rendu en intégralité) et le Reikin, qui est littéralement un cadeau au propriétaire qui ne nous sera jamais rendu. La share house, c’est comme une coloc, on paye sa chambre et le reste est en commun. Il y en a de très abordables, pour moins de 400 euros par mois et sans charges d’emménagement, juste une caution (c’est très très bon marché à Tokyo) ! Il s’agit juste de bien tomber, moi j’étais dans une share house infernale et je n’avais aucun signe de vie des colocataires, la lose…

Après en général, maintenant que l’euro est descendu, ce n’est plus comme avant. Avant, on se sentait riche avec le yen. Aujourd’hui, un peu moins. Tokyo reste une capitale et la vie est bien sûr moins chère ailleurs, mais en étant prudent on s’en sort bien !

Concrètement, combien faut-il gagner pour avoir un bon confort de vie à Tokyo ?

Je me donnais chaque mois environ 1000 euros. Et ça se passait pas mal ! Je dépassais parfois, mais c’est la faute aux nombreuses soirées qui se sont terminées plus tard que prévu… À Tokyo on ne fait pas la fête chez les amis, on sort. Et ça peut vite devenir dramatique pour le portefeuille. Dans l’ambiance, on se dit « encore un verre », puis deux, trois, puis on va ailleurs… Au secours !

Si on fait attention à la nourriture, qu’on ne sort pas trop et qu’on ne fait pas n’importe quoi, on a ce qu’il faut pour vivre et vagabonder autour de Tokyo, on peut profiter.

Après bien sûr, on ne va pas se mentir, gagner 2000 euros offre sûrement un confort de vie bien plus agréable à Tokyo…

Les températures ne sont pas trop extrêmes en été ?

Les températures non, même s’il fait très chaud, mais le climat est… particulier ! En fait, l’été au Japon est très humide. On a comme l’impression que l’attraction terrestre est deux fois plus forte. Tous les Japonais ont une petite serviette avec eux, les femmes sortent les ombrelles… Et les cigales chantent !

Et les Japonais, qu’en penses-tu ?

Je suis mitigé. Forcément, ça dépend des gens. De manière générale, les Japonais ont le cœur sur la main. Ils vont tout faire pour t’aider s’ils voient que tu es perdu. Ils vont t’inviter au restaurant, ils vont tout faire pour t’aider à trouver du travail… Ce sont vraiment des gens adorables.

Après, quand j’étais sur Tokyo, j’ai eu énormément de mal à me faire un cercle d’amis japonais. Malgré tout ce que je viens de dire, c’est différent quand tu essayes de tisser de véritables liens. Ça reste très en surface, ce n’est pas évident de devenir amis. Souvent ils travaillent et n’ont pas le temps, beaucoup te considèreront toujours comme un étranger, ils partageront rarement les mêmes centres d’intérêts que toi… Il faut sûrement faire partie d’un groupe, faire du sport ensemble par exemple, mais là encore, il faut casser la barrière qu’il y a entre l’étranger et eux. Et c’est pas toujours évident.

Il y a aussi un concept parfaitement japonais qui rend les relations humaines affreusement compliquées : le Tatemae. C’est, en gros, le masque que les gens portent pour le bon fonctionnement de la société.

Il y a aussi un concept parfaitement japonais qui rend les relations humaines affreusement compliquées : le Tatemae. C’est, en gros, le masque que les gens portent pour le bon fonctionnement de la société. On ne dit pas ce qu’on pense, on dit ce que les autres veulent entendre et tout ira bien. À l’inverse, le Honne, c’est ce qu’on a sur le coeur, c’est quand on dit la vérité, ce qu’on pense. Mais ça, on le réserve à son cercle d’amis, à sa famille. Et c’est horriblement difficile d’en faire partie. Ça peut paraître anecdotique dit comme ça, mais c’est une réalité omniprésente dans la société japonaise. Pour caricaturer, c’est comme si je te disais : « j’ai passé une soirée de dingue, merci ! Hâte de te revoir, j’espère qu’on deviendra potes, qu’on partira en vacances ensemble ! » et qu’en réalité on pense « je pense pas revoir ce mec… »

Après 8 mois sur Tokyo, j’ai eu pas mal de déceptions à cause de ça et je n’avais que 2 amis japonais, et l’une des deux avait vécu onze ans à Brighton. Elle n’avait de japonais que sa carte d’identité !

Alors se faire des amis japonais, c’est faisable, mais ça ne se passera pas forcément comme chez nous.

Penses-tu rester longtemps à Tokyo ?

Je pense que Tokyo aura été un chapitre important de ma vie, mais je ne pense pas y retourner. Pour voir des amis, deux-trois jours peut-être, avant de repartir à Osaka. J’ai mes amis là-bas, et c’est une ville qui me correspond plus. Même si on est toujours au Japon, les relations humaines sont plus souples, plus décontractées, et je m’y sens mieux. Tokyo a été une succession de mauvaises expériences certes, mais une leçon de vie incroyable. Après je ne vais pas être mauvaise langue, j’ai aussi eu pas mal de bonnes expériences à Tokyo !

Un dernier mot, un dernier conseil ?

Le Japon est une destination de rêve, un dépaysement total et mérite d’être visité ! En plus quand on est touriste, c’est un pays absolument fabuleux, avec des gens prêts à nous aider à chaque instant.

Ensuite, chacun doit se faire son avis sur Tokyo, je pense que c’est indispensable, mais je conseillerais d’aller voir les autres villes aussi. Même pour juste des vacances ! Tokyo n’est pas forcément la ville la plus représentative de l’identité japonaise. Elle vaut la peine qu’on s’y arrête, mais d’autres villes, comme Osaka, Nara, Fukuoka, Kurashiki, Shizuoka, Nagoya et beaucoup d’autres t’attendent aussi…

Wow… J’ai trouvé ce récit passionnant, pas vous ? N’hésitez pas à laisser votre avis en commentaire 🙂

Vivre à Tokyo: l’exemple de Rodolphe
1.9 (37.03%) 1628 votes

Inscrivez vous à La Newsletter

Recevez toute l'actualité de Votre Tour Du Monde directement dans votre boite mail

Vous êtes bien inscrit :)

Something went wrong.

Send this to a friend