Des rizières qui se montent les unes sur les autres, un patchwork dégradé de vert, on ne fait plus la distinction entre l’eau et la terre tant les pluies sont diluviennes ici

Me voilà dans un autre bus, je commence à ne plus faire la distinction entre les trajets, le confort n’a plus vraiment de sens. Je roule depuis près de 40h depuis Luang Prabang pour rejoindre le Cambodge et sa capitale Phnom Penh. Le temps n’a plus vraiment de signification non plus d’ailleurs, je suis rythmé par les siestes, les arrêts pipi, les changements de bus et ces longs moments à regarder le paysage défiler par la fenêtre. On dirait une animation, vous savez ces jeux d’optiques où on s’amuse à faire défiler des images rapidement sur des feuilles en papier, un véritable film tourné en super 8.

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La fatigue… ? On s’en accommode, autant que les habits qu’on porte non stop depuis les 48 dernières heures. On apprend à apprécier les moments fugaces, ceux qui nous font prendre du recul et réaliser qu’on est présent ici et maintenant. Le pouvoir du présent a des vertus fantastiques sur tous ces petits problèmes que l’on veut bien s’accorder au quotidien.

Tout se passe bien jusqu’au dernier arrêt pour le diner

J’arrive bientôt à la frontière cambodgienne, je viens de payer mon visa et il me reste 10$ en poche, juste de quoi m’acheter une soupe quelques fruits et payer le tuk tuk pour le trajet jusqu’à la guest house. De toute façon tout se passera bien j’en ai la certitude. Tout se passe bien jusqu’au dernier arrêt pour le diner, le chauffeur nous dit « twenty minutes » dans un anglais tout juste reconnaissable, ce qui donnerait plus « tinty minote ».

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Je me dis profites-en pour manger quelque chose avec les 3 francs 6 sous qu’il te reste. J’entame une soupe frugale à base de pomme de terre et de carotte, échange quelques mots avec mon voisin de tablée, récupère quelques conseils sur Phnom Penh et là… j’entends le bus qui démarre, qui met les gaz et commence à mettre les voiles ! Bien sûr en tant qu’homme intelligent j’ai laissé mon sac a dos à l’intérieur contenant mon passeport mon porte feuille mon netbook et tout ce que j’ai de plus important… « Merde… il se barre sans moi ». Je crache ce que j’ai dans la bouche, laisse tomber la cuillère au sol et détale comme un lapin poursuivi par un lévrier. « Stop ! Stop ! Arrêtez le bus !». J’arrive à sa portée, je me mets à siffler,crier, taper sourdement sur la soute à bagage pour que le chauffeur comprenne qu’il est en train de faire une boulette et jure tout mon répertoire de gros mots. C’est bon il finit par s’arrêter, petit coup de flippe qui servira de leçon ; ne JAMAIS quitter son sac. Je le sais pertinemment et je m’y tiens à 100% d’habitude, une fois n’est pas coutume mais cette fois-ci aurait bien pu me mettre correctement dans le pétrin et jusqu’au cou.

Cette fois-ci aurait bien pu me mettre correctement dans le pétrin et jusqu’au cou

Je monte dans le bus, dévisage le chauffeur mais m’abstient de dire quoique ce soit, je me dis que tout est rentré dans l’ordre et que ça sert à rien de s’énerver. Je file retrouver ma place au fond du bus,

heureux d’y retrouver mon sac à dos, mon livre et un trajet assuré jusqu’au point d’arrivée.

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Dans les voyages y’a toujours des imprévus, parfois bons parfois moins, mais cette fois-ci ce petit coup de stress va me faire rencontrer un américain logé sur la banquette du fond. Il me raconte qu’il a déjà eu une mésaventure similaire, le bus est partit avec son sac et toutes ses affaires au milieu de nulle part alors qu’il était en train de vidanger derrière un arbre.

La chance prend souvent des chemins inattendus, il faut savoir lui sourire et rester positif au maximum.

Il a eu la chance de rencontrer un type sympa sur le bord de la route qui l’a embarqué sur sa bécane et a tracé pour rattraper le bus et enfin l’arrêter. La chance prend souvent des chemins inattendus, il faut savoir lui sourire et rester positif au maximum.

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On commence donc à discuter de nos voyages respectifs (fait assez banal me direz-vous entre baroudeurs) et il se trouve que 3 ans auparavant il a fait le Pérou et l’Amazonie. Tiens, tiens, intéressant… les choses n’arrivent pas par hasard dans l’univers, les coïncidences il faut leur laisser l’opportunité d’exister. Le contact se fait sans chichis et il me dit qu’il connaît une bonne guest house à Phnom Penh où il a déjà passé quelques semaines à travailler.

Je sens que ce mec là a beaucoup à m’apporter.

Je dois avouer que niveau organisation je suis pas très doué, j’y vais vraiment au feeling depuis quelques mois et ça fonctionne toujours. James, 38 ans, originaire de San Francisco est peintre et passionné par l’histoire Sud américaine, on commence donc à parler d’archéologie, de sites mythiques, de spiritualité et de politique. Je sens que ce mec là a beaucoup à m’apporter. On arrive à bon port, chope un tuk tuk et finalement on pose nos affaires dans une des guest house de la capitale après des heures de trajet exaltant.

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Retour à la réalité, ni une ni deux, je saute sous la douche retrouver un semblant d’humanité. Mon dieu, que c’est bon d’avoir un lit propre, une serviette à disposition et un oreiller bien moelleux… Parfois on oublie qu’on a cette chance, cet accès au confort qui nous paraît tellement banal en Europe. La vie c’est du mouvement, j’ai besoin de cette ondulation pour me sentir exister. Les hauts, les bas, les imprévus, les moments d’émerveillement, les rencontres et les découvertes n’ont pas d’impact si on ne les considère pas pleinement et qu’on essaye pas d’en tirer des leçons pour continuer d’avancer.

Luang Prabang – Phnom Penh : 52h entre le début et l’arrivée, 5 bus différents, 3 paquets de chips, 500 pages lues, 1 Miyazaki et un nouvel ami rencontré.

Bye bye Luang Prabang
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