Le poumon de la Terre est un lieu à découvrir mais surtout à préserver. Partez à sa découverte avec Romain !

Un nom aux couleurs vives qui ne laisse personne de marbre. Le simple écho de ces syllabes fait résonner toute une symphonie d’images dans notre imaginaire. Des oiseaux par myriades, des arbres immenses, une jungle dense et luxuriante, des hommes à demi-nu descendant une rivière à bord d’une pirogue. En somme, un dépaysement total.

A la découverte de l’Amazonie !

Comment parler du poumon de la planète sans omettre de détail essentiel ? Commençons par remettre les choses dans leur contexte d’origine. Voilà maintenant bientôt 4 ans, j’ai pris un tournant dans ma vie. Je sentais que j’avançais à contre-courant et que je ne me réalisais pas pleinement, le monde ne tournait pas rond autour de moi et j’ai eu ce déclic, celui de partir à l’aventure. Un soir alors que je regardais « D’autres mondes » un documentaire sur le chamanisme réalisé par Ian Kounen, j’ai compris que rien ne m’empêchait d’aller de l’avant et de réaliser mes rêves, des rêves teintés de vert, des rêves où la forêt me révélerait ses secrets, des rêves d’exotisme et d’un retour à la Vraie Vie. On se dit souvent « Tiens ! Voilà quelque chose qui me plairait, voilà un sentiment qui résonne en moi comme jamais auparavant… » Et d’un coup la réponse s’est offerte à moi comme la providence : « Pourquoi pas moi ? »

 J’y ai laissé mon cœur et j’y ai découvert la vie.

Le départ

J’ai donc arrêté la Fac d’archéologie pour me consacrer à ce premier voyage; j’ai travaillé pendant quelques mois, parcouru des dizaines de forums de routards, acheté tout le matériel nécessaire à ce périple de 6 mois et j’ai décollé pour le Pérou un an après le tilt qui avait opéré dans mon inconscient. J’entendais le monde tout autour de moi me demander comment je pouvais tout lâcher, famille, amis, copine, études et tout ce qui s’en suit, mais au fond de moi je savais que la machine était lancée et que rien ne m’empêcherait de foncer.

Première fois que je prenais l’avion, première fois que je sortais de l’Union Européenne, première fois que je sortais du cadre sécuritaire que nous offre la société occidentale, mais rien ne m’apparaissait plus évident que ce nouveau départ.

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Ville d’arrivée : Lima la grise.

Une pollution indétrônable, un premier choc survient, le centre hyper-touristique est directement jalonné par des bidons villes couvrant des kilomètres carrés en périphérie. Je découvre sans pour autant m’extasier les affres du néo-colonialisme et l’insalubrité qui règne dans cette partie du monde. Puis c’est le départ pour 1 mois de vadrouille dans les Andes péruviennes à travers Huancayo puis Ayacucho. Je ne vais pas trop m’épancher sur les détails car j’aurais épuisé votre curiosité bien avant d’avoir atteint le vif du sujet. Pour la petite anecdote, je mentionnerai tout de même les trajets périlleux en bus 4X4 sur les routes défoncées par des pluies diluviennes.

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Lima-Huancayo : Neuf longues heures dans un bus ravagé par le temps, à me demander si ma vie va se terminer au prochain tournant. Je serre les fesses à chaque virage en me demandant si nous allons rejoindre les carcasses de bus déjà présentes au fond du ravin, mais j’arrive finalement à m’y faire. Je me dis que peu importe la finalité, je n’ai pas réellement le choix, il vaut mieux accepter l’idée d’une mort imminente et tout finit par s’apaiser. Le trajet s’est dans l’ensemble plutôt bien passé, même si par 2 reprises nous avons dû descendre du bus durant certaines manœuvres par précaution.

Le plus dur ? Regarder les locaux se signer et prier pour ne pas finir au fond d’un précipice profond de plusieurs centaines de mètres.

Après 1 mois passé dans la ville d’Ayacucho, je me décide à prendre le large et à rejoindre cette région du monde qui m’a toujours fasciné ; l’Amazonie. Je prends un bus à Lima et 15h plus tard me voilà arrivé à Puccalpa, capitale de la région d’Ucayali, au nord-est du Pérou. Il est approximativement 21h, la température tourne autour des 30 degrés pour plus de 80% d’humidité ! Bref changement radical entre les Andes et le bassin amazonien. L’avantage de se déplacer en bus c’est qu’on peut observer le paysage, admirer les montagnes qui se vallonnent au fur et à mesure puis finissent par devenir de simples étendues de forêts ou de plaines.

La région d’Ucayali

Cette région du Pérou est tristement célèbre pour ses zones déforestées, l’abattage systématique de la forêt amazonienne est un fléau qui ne cesse de progresser au fil du temps, mais le voir de ses propres yeux est autrement plus frappant que de le lire en petits caractères dans les journaux ou dans un documentaire sur Arte. Ça m’a beaucoup fait réfléchir sur la condition de l’Homme et sur sa place sur cette planète, tout le monde est au courant et pourtant rien ne bouge. Mis à part certaines ONG internationales (comme WWF avec son programme « Living Amazone Initiative » et quelques structures de protection de l’environnement), rien n’avance dans le bon sens. Les lobbys de l’agriculture, du bois et des ressources minières dévastent cette région du monde, il faut donc être conscient que d’ici 50 ans, ce trésor vert aura en partie disparu voire même totalement.

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J’aime à penser que nos enfants pourront avoir la chance de voir ce que j’ai pu voir, d’apprécier des moments magiques et de pur relâchement de soi, de découvrir de nouveaux horizons et de se dire que notre planète est une pièce d’orfèvre sertie de joyaux disséminés çà et là à travers le monde.

Mes premiers jours à Puccalpa furent marqués par la différence culturelle entre les villes des Andes, descendantes directes des Incas et des colons espagnols, et celles de l’Amazonie où la vie s’organise d’une toute autre manière. On peut sentir la présence incontestable de la forêt tropicale tout autour de nous. Outre la chaleur omniprésente et le métissage des indiens de la forêt avec ceux de la ville, il règne ici une ambiance particulière,  gorgée de traditions ancestrales et en même temps de rites chrétiens.

La colonisation du Pérou par les chrétiens espagnols a laissé des traces chez les natifs de ce pays. Ainsi la fusion entre les cultures, comme en Haïti, a donné naissance à un syncrétisme religieux évident. Les hommes et femmes de l’Amazonie ont réussi à préserver une partie de leur culture en intégrant les divinités chrétiennes dans leurs propres croyances. Ils continuent de préserver leur culture et sont fiers de leurs origines qu’ils défendent avec vigueur face aux descendants des Incas. Il faut savoir qu’une sorte de racisme latent existe entre ces peuples, les indiens ont et sont toujours perçus comme des sauvages par une partie du peuple péruvien natif des montagnes et des villes côtières.

Désolé si vous me trouvez un peu lourd à ce sujet, si vous trouvez ces derniers paragraphes un peu rébarbatifs mais je voulais faire part de mon ressenti à ce propos. Rien n’est dit très clairement mais on peut sentir le poids des mots dans la bouche de chacun, il règne une sorte de malaise, un non-dit dont personne ne souhaite parler ouvertement et seuls quelques émissaires et ardents défenseurs de la culture amazonienne osent crever l’abcès sur ce qui apparaît comme un déni d’humanité.

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La réserve naturelle Pacaya Samiria

Après deux semaines à visiter les alentours, à rencontrer artisans, prêtres, chamans et enfants des rues je me suis naturellement laissé guider vers un séjour au cœur de la forêt tropicale. Arrivé par voie fluviale à Iquitos, la plus grande ville de la région de Loreto et d’Amazonie péruvienne, je décide d’organiser un trip d’une semaine au centre de la réserve naturelle de Pacaya Samiria.

Nous y sommes. Voilà des années que j’attends ce moment. Je me souviens de certains passages de mon enfance, à l’époque de windows 98 (je sais ça ne date pas d’hier). Quand j’arrivais chez ma grand-mère, je n’avais qu’une hâte ; allumer son ordinateur et lancer le jeu « Amazone », un petit programme en 2D qui me faisait rêver. On incarnait un explorateur, naviguant à bord d’une pirogue sur le Rio Amazonas pour observer la faune et la flore, prendre des photos d’animaux inconnus et découvrir de nouvelles plantes médicinales. Et voilà, mon tour est arrivé, je suis en train de préparer mon sac pour partir à la découverte de cette région aussi fantastique que mystérieuse.

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Je peux encore entendre les battements de mon cœur, animé par l’excitation de partir à l’aventure, l’appel d’une vie qui a toujours été la mienne, celle d’un enfant aux yeux grands ouverts.

Le lendemain matin, me voilà partit en tuk-tuk jusqu’à Nauta, la dernière ville joignable par la route avant de franchir les limites de la réserve. Je suis accompagné d’un couple de belges flamands, rencontré la veille dans la guest-house. Notre enthousiasme est clairement illustré sur nos visage, le sourire gravé jusqu’aux oreilles et le regard porté au loin en disent long sur les attentes de chacun.

Après 2h30 de navigation à bord d’un peque-peque (prononcé péké péké, le nom viendrait du son que le moteur produit), nous arrivons sur les rives d’un lodge construit sur pilotis avec des matériaux naturels (bois, bambou, feuilles de palmier, lianes) mais si bien conçu qu’on y est très à l’aise. Un système de contrepoids avec une corde et une buche permet aux portes de se fermer toutes seules et empêche les moustiques de rentrer à l’intérieur. Et croyez-moi la dernière chose que vous désirez c’est de vous faire envahir par cette espèce endémique.

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Surnommés « Sancudo », les moustiques de la jungle amazonienne n’ont rien à voir avec les petits nuisibles dont on se plaint en Europe. Long comme la phalange d’un doigt, on se dit « oh ! Un cousin » jusqu’au moment où vous le voyez piquer à travers votre jean et sucer votre sang avec vigueur. Saloperie de vampires ! J’en ai gardé des cicatrices pendant presque deux ans ! Je ne vais pas vous mentir, celles et ceux qui ne supportent pas les petites bêtes ne prendront aucun plaisir à visiter cette partie du monde, sauf pour vaincre des phobies bien ancrées.

L’importante biodiversité et l’aboutissement des écosystèmes qui s’y sont développés sont une aubaine pour les amoureux de la nature, les scientifiques, les naturalistes et autres entomologistes. Les animaux qui vivent sur le sol sont bien différents de ceux qui habitent dans la canopée ou dans les rivières. Dans le Parc Pacaya Samaria, on peut observer plus de 500 espèces d’oiseaux, 130 mammifères, 60 amphibiens, 70 reptiles, 260 poissons et plus de 1200 plantes connues à ce jour. Ces chiffres ne sont pas très concrets je vous l’accorde, mais lorsqu’on a la possibilité d’observer des aras, des aigles, des jaguars, des dauphins roses, des toucans, des caïmans,  des paresseux et toute sorte de singe hurleur ou laineux, on se rend compte du trésor que nous offre la nature. La liste est longue et je n’ai pour ainsi dire, cité que les animaux dont tout le monde a déjà entendu parler.

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Une fois, j’ai eu l’occasion de grimper dans un Ficus géant, les pieds nus et sans assurance, à 40 mètres de haut et de pouvoir observer cette forêt vierge depuis la canopée où toute une vie s’est organisée sans qu’on ait pu l’imaginer. Des cris d’oiseaux inconnus, des singes qui se battent et qui jouent quelque part autour de nous, la pluie furieuse qui déboule sans crier gare et qui repart aussi vite qu’elle s’est présentée. Rien n’était censé me faire sentir chez moi et pourtant je ne me suis jamais senti aussi entier.

J’y ai découvert la vie

C’est la première fois de ma vie que je prenais en considération ce qui me tenait vraiment à cœur et j’ai finalement réussi à aller au bout de mes rêves. Cette liberté n’a pas de prix, celle de croire en l’impossible et de tenter quand même le coup. La liberté de s’affranchir des normes ou en tout cas d’élargir l’horizon des possibilités est une chance qui n’est pas donnée à tout le monde, il faut savoir en jouir et rester les pieds sur terre.

Quand je suis revenu en France quelques mois plus tard, j’ai compris les chances qui s’offraient à nous chaque jour mais pas seulement. Je me suis aussi rendu compte que nous n’étions pas si heureux et que les œillères qui sont les nôtres nous privent des bonheurs les plus purs et les plus simples. Les peuples qui ont réussi à s’adapter dans un environnement aussi dur et hostile que l’Amazonie ont la chance de jouir d’une félicité toute naturelle. Apprécier d’être en famille et de manger quelque chose de chaud, être en contact avec les entités de la Nature et rire autour d’un verre dans l’écrin sonore des animaux de la forêt.

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Je le disais plus haut, j’y ai découvert la vie et j’y ai laissé mon cœur…

Un jour, c’est promis, je retournerai dans cet océan vert me noyer dans la complainte des arbres millénaires et écouter la vie fourmiller sous la voûte étoilée. 🙂

Ou dormir à Iquitos

J’ai opté pour l’hôtel Emperador Terraza. Il est équipé de la climatisation ce qui est ultra utile quand il fait +30° et que c’est ultra humide. En plus, il est idéalement situé dans la ville, à seulement 3 blocs de la place principale ou encore du fleuve. Vraiment le meilleur plan!

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