À quelques heures du Mondial, le Brésil est en crise. Depuis les préparatifs de la coupe du monde, le pays ne cesse de se déchirer. Les brésiliens ne comprennent pas pourquoi le football prend le dessus face aux impératifs d’ordre sociaux.

Très chers amis, je vous ai souvent parlé du merveilleux pays qu’est le Brésil et, comme c’est un pays qui j’aime par dessus tout, je voulais aujourd’hui vous faire part de mon inquiétude en ce jour très spécial. Cet article ne parlera donc pas de plages de sables fins et de balades au beau milieu de la jungle. Il reflète malheureusement une triste réalité dissimulée sous l’excitation de masse que provoque la coupe du monde.

Quand on demande aux gens ce qu’ils pensent du Brésil, instinctivement, ils auront tendance à répondre la fête, les femme, la samba s et bien sûr, le football. Et pourtant, le Brésil est bien plus que ça. C’est un pays qui, socialement et économiquement, n’a de cesse de vouloir s’élever mais qui s’écroule face aux dépenses gargantuesques entreprises pour le Mondial.

Dans l’ombre du mondial

Faire table rase pour la FIFA

Au Brésil, afin de faire le « grand ménage » avant le Mondial, on parle de « mettre la poussière sous le tapis ». Pour lutter contre l’image de dangerosité qui colle à la peau du pays, un « nettoyage humain » impressionnant a pris forme depuis maintenant plusieurs mois. On évoque même les nombreux assassinats de SDF dans les rues de Rio de Janeiro et São Paulo pour nettoyer le « désordre » qui y règne. Ainsi, les rues sont dégagées pour que les touristes s’y sentent bien et que l’image du pays retrouve une certaine renommée. Si la coupe du monde est présentée comme la solution aux problèmes du Brésil, elle semble pourtant y semer le trouble et la crainte à travers tout le pays.

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On compte désormais plus de 195 assassinats de SDF dans les derniers mois, la plupart ayant été brûlés… En 2011, de nombreuses promesses avaient été faites aux brésiliens, notamment celle de la lutte contre la criminalité qui ne cesse de grimper en flèche. Or, rien n’a été fait. Certes, le Brésil est un pays dangereux, mais j’ai tout de même peine à croire qu’il existe une politique gouvernementale favorable au nettoyage social. Le Brésil est un pays très grand, très pauvre mais qui s’est retrouvé de nombreuses fois confronté à l’organisation d’importants événements. Je pense difficilement que le gouvernement puisse soutenir et même ordonner de telles horreurs, malgré une police inefficace et corrompue (et je pèse mes mots). Toutefois, de par l’ampleur qu’a pris le Mondial, nous pourrions être tentés de croire que le Brésil connaît des débordements qu’il ne parvient plus à gérer…

Le Mondial n’est pas un cadeau pour le pays, c’est un fardeau.

Le gouvernement brésilien tente d’expliquer que le pays a besoin de la coupe du monde pour que sa situation s’améliore afin que celui-ci puisse se développer et rayonner internationalement. Seulement voilà, la coupe du monde a littéralement divisé le pays et en plus d’avoir accentué les problèmes qui existaient auparavant et qui étaient ignorés, la population se déchire.

Il y a au Brésil une coupure sociale qui ne m’a jamais plus choquée que dans ce pays précisément. On quitte un quartier riche pour pénétrer dans des bidonvilles. Il n’y a pas de véritables frontières, tout est juxtaposé et, que ce soit à Rio de Janeiro ou à São Paulo, ce qui m’a le plus marquée, c’est qu’il n’y a pas de juste milieu. Ou tu as de l’argent, ou tu n’en as pas. Avec l’effet de la mondialisation et l’essor de nombreuses grandes villes, la criminalité s’est fortement développée au Brésil, devenant presque banale.

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Nous, occidentaux, à plus de 9 000 kilomètres du Brésil, n’avons pas conscience de ce qui se joue sous nos yeux. On a promis aux brésiliens que le Mondial allait leur apporter richesse et prospérité. Mais dans un pays où la criminalité fait rage, où de nombreux enfants dorment à la rue et où l’analphabétisme dépasse les 25%, organiser une coupe du monde est-elle réellement une priorité ? Pour s’ériger en tant que pays développé, le Brésil passe de nombreux problèmes sous silence et malgré les merveilles qu’offrent Rio de Janeiro, il n’y a qu’en étant sur place que l’on se rend bien compte que le pays va très mal.

Des chiffres qui font froid dans le dos

Quand on voit la pauvreté dans laquelle vivent la plupart des brésiliens, les milliards dépensés pour la préparation du Mondial deviennent presque indécents. Dans un pays où le paupérisme est roi, il semblerait que LA solution pour un pays en crise soit la coupe du monde. Mais quelle absurdité…

Ce mondial est celui de la démesure. On parle de 8 MILLIARDS d’euros investi rien que pour cet événement ! C’est soit plus de 5 MILLIARDS d’euros en plus dépensés par rapport à l’Afrique du Sud en 2010 ! On compte pas moins de 2,6 MILLIARDS d’euros rien que la préparation des stades ! Mais où va t-on ! Comment le Brésil peut prétendre à un rayonnement certain suite à ces dépenses aussi exorbitantes qu’inutiles ! Comment peut-on vouloir faire croire à toute une population que leurs soucis appartiennent à hier lorsqu’on dilapide tout l’argent des impôts dans la construction de STADES ?! Sérieusement, le Brésil a-t-il réellement besoin de stades ? Encore ? Le très célèbre stade Maracana de Rio de Janeiro a été rénové (je dis bien rénové) pour un coût de 449 millions d’euros… Moi-même, en l’écrivant, j’ai peine à le croire. Avec tout cet argent dépensé, le Brésil ne semble pas en grande difficulté pour parvenir à s’élever internationalement. Du moins, il ne semblait pas.

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Je tiens également à vous parler des expulsions qui se déroulent précisément à Rio et à São Paulo. Dans l’ombre des médias se cache une terrible réalité qui n’est en rien comparable à la procédure que l’on connaît en France. Ici, il n’y a personne pour vous prévenir de votre expulsion, des familles entières sont expulsées chaque jour pour faire de la place et construire plus de stades. Oui, on détruit des foyers pour CONSTRUIRE DES STADES. De ma vie, je n’avais jamais vu autant de stades dans une seule ville. Mais ce n’est pas suffisant pour les brésiliens, il leur en faut plus, encore. Pour céder aux caprices des occidentaux, les brésiliens sont prêts à tout, et je dis bien tout.

La colère des brésiliens

Au lieu de rassembler, la coupe du monde divise la population. Les manifestations n’ont cessé de se multiplier et celles-ci passent aussi bien par la parole que par l’art. De nombreux artistes de rue se sont mobilisés pour exprimer la douleur ressentie par la population à la veille du Mondial. Aucun mot n’est aussi puissant qu’une image, et c’est à travers ce mode d’expression que des artistes tels que Cranio ou encore Paulo Ito ont dénoncé ces problèmes de société.

On trouve également de nombreuses fresques sur lesquelles des inconnus ont écrit sur les murs des phrases chocs telles que « We need food, not foot » ou encore « Touristes, ne tombez pas malades : nous avons des stades mais pas assez d’hôpitaux ».

Touristes, ne tombez pas malades : nous avons des stades mais pas assez d’hôpitaux

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Cet article n’a pas pour but d’effrayer ou de choquer, simplement de prévenir, d’informer le plus possible sur ce que nous, occidentaux, ignorons totalement. La coupe du monde 2014 n’est pas simplement la représentation d’un sport mythique, elle est également une souffrance et une déchirure pour des millions de personnes. Alors même si nous ne pouvons pas y faire grand chose et que nous resterons impuissants face à un tel gâchis, le plus important est de garder les yeux ouverts sur ce que le Mondial représente réellement.

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